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DL du 24/02/2019

MODANE NOTRE CARNET DE ROUTE DU GRAND DÉBAT FAIT ÉTAPE EN MAURIENNE

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À Modane, le grand débat a commencé le 1er janvier 1993, au moment de l’ouverture des frontières avec l’application des accords de Schengen, et il n’est toujours pas clos. La ville frontière mauriennaise a perdu d’un coup plus d’un tiers de sa population et les professionnels du transit en douane qui faisaient sa prospérité. Elle peine à s’en relever. Photo Le DL/Sylvain MUSCIO

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Pour que Modane devienne ville-frontière, il a d’abord fallu que la Savoie se rattache à la France en 1860. Puis que soit achevé, dix ans plus tard, le tunnel ferroviaire du Mont Cenis. L’Eldorado du rail pouvait commencer.

L’immigration italienne, les douaniers, 3 000 militaires en garnison, et bientôt la première place européenne pour le trafic de marchandises par le train… Après l’ère des pionniers, vint le temps de la prospérité, entièrement construite autour de la gare. Jusqu’au 1er janvier 1993 et l’application des accords de libre circulation signés à Schengen. C’est une date fatidique pour la bourgade montagnarde, presque au même titre que le bombardement de 1943. « En une nuit, on a perdu 1 000 emplois et une large part de notre identité » soupire le maire Jean-Claude Raffin. À quoi ça ressemble, une ville-frontière sans frontière ? Voilà un quart de siècle que Modane, passée de 5 000 à 3 000 habitants, se pose la question. Les transitaires sont partis et, avec eux, l’essentiel de l’économie locale. Le chantier de l’autoroute et les premiers travaux du TGV « Lyon-Turin » ont certes permis d’éviter le pire. Mais sans pouvoir enrayer l’inquiétante chute démographique : « Ici, il n’y a pratiquement pas de chômage, parce que les jeunes vont chercher du travail ailleurs ». À tel point que la station de Val Fréjus, atout touristique de la cité mauriennaise, peine à trouver des travailleurs saisonniers. Les 600 cheminots ne sont plus que 60. Le tunnel routier du Fréjus, maintenant, constitue le premier employeur du canton. « La crise de 2008, nous l’avons connue bien avant les autres » note M. Raffin, désormais confronté « aux revendications parfois contradictoires  » issues du mouvement des gilets jaunes. Un vent d’irrationnel s’est levé : « Les gens ont l’impression qu’ils peuvent tout demander ». Ceux qui manifestent devant l’Onera, par exemple - le tout proche Centre de recherche pour l’Aérospatiale - au cri rageur de « C’est là qu’on fabrique les radars ! ». Oui, des radars pour l’aviation, avec 150 emplois qualifiés à la clé. « Qui va payer les drapeaux soudain rendus obligatoires au fronton des écoles ? » Ou alors les employés des remontées mécaniques qui réclament à la fois une augmentation salariale et une baisse du prix des forfaits pour les skieurs. Quadrature du cercle  : « Si on leur donne satisfaction, les contribuables modanais devront encore casquer alors que les dettes de la station courent toujours ». Tout en redoutant que le Grand Débat « ne parte dans tous les sens », le maire y participe volontiers. Avec une conviction : « Au départ, le dialogue a manqué, aujourd’hui il est cassé. On doit vraiment réapprendre à s’écouter.  » Outre l’ouverture de cahiers de doléances, une réunion publique a déjà été organisée  : « Soudain, Macron semble se souvenir de l’utilité des élus locaux, c’est une belle occasion de reprendre notre place ». En sollicitant , d’abord, une pause dans les réformes institutionnelles : « Il y a eu la communauté de communes, la fusion de Haute Maurienne, des transferts de compétences chaque année. On a l’impression de ne plus faire que ça. » L’État commande d’en haut et change les normes, sans trop se soucier du reste : « Un détail, mais significatif. Qui va payer les drapeaux soudain rendus obligatoires au fronton des écoles ? ». Sans compter les pharaoniques exigences administratives  : « Pour monter un appel à projet, une demande de subvention, il faut des dossiers épais comme ça ! Les grandes agglomérations peuvent s’offrir des techniciens spécialisés, pas nous ». Il y a encore « l’incertitude financière » qui ne permet plus aux municipalités de dresser des perspectives à moyen terme. Et la suppression de la taxe d’habitation, que l’élu modanais conteste absolument : « Une très mauvaise réforme qui ne permet plus de garder un lien entre le citoyen et la commune ». On voit que les idées ne manquent pas pour rendre un élan aux lointains territoires. Reste à passer des paroles aux actes : « Remettre les gens dans un débat collectif, c’est bien. Mais combien, par la suite, iront s’engager dans la vie publique ? » Peu, sans doute, surtout si le discours sur le « tous pourris » continue de prospérer. À la première élection de Jean-Claude Raffin, en 2008, trois listes s’affrontaient. Une seule s’est constituée en 2014. Si ça continue, au prochain scrutin, il faudra aller racoler des candidats dans les derniers bistrots ouverts… Gilles DEBERNARDI

« Arrêter la chute démographique »

La boucherie Rittaud, entre Modane et Fourneaux, trône comme une institution depuis un demi-siècle. En 2004, et toujours en famille, Mathilde y a pris la succession de ses parents et grands-parents. Ce qu’elle pense des Gilets jaunes ? Pas grand-chose, officiellement, terrain miné : « On n’a pas le luxe de pouvoir se couper d’une partie de la clientèle ». Reste que le mouvement, en décembre avant Noël, a provoqué une baisse importante du chiffre d’affaires. De manière ironique d’ailleurs : « Les commerces n’étaient pas bloqués, mais les gens croyaient le contraire et ont donc hésité à venir chez nous. » Sinon, la concurrence des grandes surfaces et de la vente en ligne pèse lourd. Comment y résister ? « Par la qualité et la proximité. Avec nos clients, que nous connaissons pratiquement tous, un vrai lien social s’établit. C’est la part des relations humaines, qu’internet ne pourra jamais remplacer ». Pour Mathilde, qui préside l’Union des commerçants, le point noir reste la chute démographique dans l’agglomération modanaise. 5 000 habitants dans les années 80, plus que 3 000 aujourd’hui. Il y a urgence  : « Nous ne demandons pas l’aumône ni des aides financières. Mais que des initiatives économiques et industrielles soient prises, au plus haut niveau, pour permettre à la population de revenir vivre ici. »

« Les camions sur les trains »

Être cheminot en gare de Modane, c’est regarder le passé avec une lourde nostalgie. Ils étaient 600 en 1998, 60 seulement aujourd’hui. « La libéralisation du fret en 2006, censée apporter un boom économique, n’a fait qu’accélérer la chute » constate Gauthier Rossi. Le quadragénaire, syndicaliste CGT, s’exaspère d’une politique « qui ne fait qu’avantager la route au détriment du ferroviaire. » Il plaide pour une relance massive du transport des marchandises par le rail : « Les gens à qui l’on demande des efforts financiers pour l’environnement, entre voiture propre et taxe carbone, voient chaque jour passer sous leurs fenêtres 25 000 camions. Pourquoi, à l’exemple des Suisses, ne pas les mettre sur les trains ? » C’est justement l’objectif affiché par le projet “Lyon-Turin” : « En théorie, c’est une bonne chose, mais on a appris à être méfiant. » Sinon, l’avenir lui paraît sombre : « À partir de 2020, les jeunes n’auront plus le statut de cheminot, le métier perdra encore en attractivité et les suppressions de postes vont continuer, quitte à sacrifier la sécurité. »

« Que tous paient leurs impôts »

« Arrivederci ! ». Pour la Saint-Valentin, qu’on célèbre aussi de l’autre côté des Alpes, un Italien vient d’acheter une paire de boucles d’oreille fantaisie. « Vous voyez bien qu’on travaille à l’international ! » lance la patronne du magasin Mod’Bijoux, rue de la République à Modane. Isabelle Gervasoni a beau plaisanter, sa vie commerciale n’est pas rose tous les jours. Elle doit subir l’excès de taxes, les tracasseries administratives et la montée croissante des achats en ligne. Ce qui commence à faire beaucoup. À tel point que la bijoutière dit soutenir « de tout coeur » le mouvement des Gilets jaunes. Même si elle ne va pas sur les ronds-points pour des raisons pratiques : « Je suis seule pour tenir la boutique et je ne peux pas me permettre de fermer. Mais je partage la colère des gens qui ont l’impression de ne jamais être écoutés. » Isabelle, dynamique et volontaire, ne passe pourtant par son temps à se plaindre. Elle veut se battre, multiplie les initiatives et accepte la règle du jeu… pourvu que tout le monde soit logé à la même enseigne. Sa proposition principale résonne comme un cri du coeur : « Que tous ceux qui vendent et produisent en France paient leurs impôts en France ! ».

Les frères Jacquemmoz : « Tordre le cou à la concurrence déloyale »

271 moteurs, 627 cartes grises, 345 employés  ». Philippe, le PDG et son frère Stéphane, directeur général, ont repris avec succès l’entreprise de transports familiale. Entre Normandie et Lombardie, les camions bleus siglés « Jacquemmoz » sillonnent le territoire européen. Au siège de la boîte, près de l’Arc, une équipe soudée régule cette impressionnante machinerie. Ambiance familiale. Tout va bien, alors ? « Sauf que nous subissons une concurrence déloyale de la part des pays de l’Est » corrige aussitôt Philippe Jacquemmoz. Les chauffeurs bulgares, polonais, ukrainiens ou lettons cassent les prix, parce qu’ils relèvent du régime social de leur pays d’origine. « Travaillant pour deux fois moins cher, ils viennent ainsi nous piquer le travail dans les usines de Savoie. Merci l’U.E. ! » renchérit Stéphane. Sans compter que la plupart ne respectent pas la loi Savary. Elle oblige les routiers à prendre leur repos hebdomadaire en dehors de leur cabine. Ils sont pourtant des centaines, triste spectacle d’un « esclavage moderne », à passer le week-end sur les parkings de l’autoroute menant au Fréjus. Concurrence déloyale, là encore, alors que leurs homologues français vont dormir à l’hôtel ou, le plus souvent, chez eux. Autre difficulté pointée par Philippe Jacquemmoz : « La moyenne d’âge de nos conducteurs augmente. Alors qu’il y a tant de chômage, on peine à trouver de nouveaux candidats pour faire le métier. ». Beaucoup, autrefois, obtenaient leur permis poids lourds pendant le service militaire et se trouvaient opérationnels dès leur retour à la vie civile. Voilà une filière qui n’existe plus. D’où cette proposition originale, à inscrire dans le Grand Débat : « Que le futur service citoyen de Macron donne aux jeunes la possibilité de passer le permis P.L ». Parole de Modanais, ce ne serait pas une mauvaise idée.

« Un RIC sinon rien »

Dans le Doubs, abstiens-toi ? Pas question. Bien qu’originaire de Besançon, Magali Bret se bat pour la reconnaissance du vote blanc. Aux dernières élections, elle a même tenu symboliquement un bureau à cet effet. La Modanaise d’adoption, serveuse dans un café, a vite adhéré aux Gilets jaunes. Elle y milite pour un « Référendum d’Initiative citoyenne » applicable à tous les sujets. Le peuple doit pouvoir « instaurer ou retirer des lois, révoquer n’importe quel élu et modifier la constitution  ». En finir avec « l’illusion » de la démocratie représentative  : « En 2005, on a voté contre Maastricht, et le scandaleux traité de Lisbonne est venu annuler la volonté populaire ». Le RIC, « avec des modalités précises  », permettra au citoyen de peser directement sur le gouvernement. Magali se veut a-partisane, « en marge des partis constitués », et apprécie le dialogue sur les ronds-points : « Tu peux discuter avec des gens d’extrême- droite et tomber d’accord sur certaines choses ». Il y a urgence  : « Si le Grand Débat ne donne rien, j’ai peur que la violence augmente encore…

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